Sunday, October 17, 2010

Tunisie-Enseignement supérieur-Emploi: Jalel Ezzine, "We must think out of the box"

La rengaine de l’adaptation des programmes scolaires et universitaires aux besoins du marché du travail se répète à telle force qu'elle en est devenue lassante sans pour autant que les détracteurs de l’inadaptation et les défendeurs de la politique gouvernementale arrivent à un consensus en la matière. Adapter les programmes universitaires et éducationnels aux exigences d’une économie en mutation rapide et continuelle n’est pas un exercice facile, répond Jalel Ezzine, directeur général de la Coopération internationale au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, sauf si, comme on le dit en anglais «we think out of the box», ce qui implique que nous apprenions à anticiper avancées technologiques et besoins du marché.

Webmanagercenter: La Tunisie a l’ambition de se positionner en tant que plateforme technologique dans le pourtour méditerranéen, quels sont ses atouts pour y arriver alors que, dans les pays du Nord de la Méditerranée, il y en a qui sont plus avancés que nous en la matière ?

Jalel Ezzine: La Tunisie est déjà positionnée, et ceci est du en premier lieu, à un système macroéconomique très favorable. Ces derniers temps, nous commençons à viser et cibler tout ce qui est high-tech, ce qui va booster la croissance économique tunisienne grâce à des industries à haute valeur ajoutée. Pour ce, il faut des ressources humaines et le système d’enseignement supérieur et éducationnel est relativement très performant, aussi aujourd’hui, nous avons un grand nombre de diplômés tunisiens qui sont prêts à être déployés dans ce sens. A titre d’indication, la Corée du Sud est passée par le même processus, lors de son industrialisation et de son passage à une économie avancée, elle disposait d’un pool très qualifié de compétences et de diplômés du supérieur qu’elle a su convenablement utiliser, devenir aussi puissante et occuper le rang de dragon de l’Asie. La Tunisie a les moyens de faire pareil et se positionne très confortablement dans un contexte similaire quoique beaucoup plus compétitif.

On a toujours reproché au ministère de l’Enseignement supérieur de ne pas adapter les cursus universitaires au marché de l’emploi ?

L’adéquation entre les programmes de l’enseignement supérieur et les exigences du marché du travail représente un problème très complexe pas seulement en Tunisie mais dans tous les pays du monde. L’une des réponses serait qu’un cursus pour la formation d’un ingénieur prend du temps, pour identifier le profil, mettre au point le cursus, lancer le programme pour l’exécuter, il faut au moins 10 à 15 ans. Entre-temps, les industries d’information avancent à une telle vitesse que, pour que vous répondiez aux nouveaux besoins qui s’expriment au niveau de ces activités, il faut comme on le dit en anglais «think out of the box», réfléchir en avance, anticiper et être aux aguets pour répondre et être proactif. Nous avons en Tunisie assez d’expérience pour le faire, nous le faisons mais il faut systématiser cette façon de faire.

Par rapport à l’importation de l’expertise étrangère pour former des jeunes tunisiens, des expatriés tunisiens également qui rentrent au bercail pour faire profiter leurs concitoyens de leurs connaissance, est-ce que la démarche est évolutive ?

Pour pouvoir former des détenteurs de diplômes, il faut des formateurs et pas n’importe lesquels, il nous faut les bons. Dans notre pays, nous sommes en train d’y répondre convenablement, notre diaspora vient de temps en temps pour nous donner un coup de main ainsi que nos amis et collègues. Ceci étant, il faut rappeler que cibler des formateurs de niveau international relève des initiatives standards louables pratiquées dans les meilleures universités du monde. En ce qui nous concerne, nous devons aller de l’avant et réfléchir à attirer des compétences nationales et internationales pour que notre système d’enseignement universitaire soit de niveau international.

Former des compétences pointues et attirer des compétences d’envergure nécessite de grands moyens financiers, avons-nous en Tunisie les moyens de nos ambitions ?

C’est un peu le dilemme de l’œuf et de la poule… Nous n’avons pas d’autre choix que de transformer ce cercle qui pourrait être vicieux en un cercle vertueux. Nous avons commencé dès l’indépendance à cibler l’enseignement et la formation, depuis deux décades, il y a eu des transformations et des restructurations gigantesques pour rentrer dans ce cercle vertueux. Le gouvernement est aujourd’hui en train de faire des investissements colossaux pour amorcer cette pente; c’est son rôle et ce qu’ont fait tous les pays du monde pour décoller. Ils ont pesé de tous leurs poids pour avancer et évoluer.
En ce qui nous concerne, nous sommes en train de suivre, le secteur privé aussi en un certain sens, surtout les entreprises étrangères, ce qui nous reste à faire est de lancer des niches industrielles de haute valeur ajoutée pour servir de locomotive, accélérer le rythme de la croissance et inciter les industriels standards à aller dans les créneaux à haute valeur ajoutée.

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Entretien conduit par Amel Belhadj Ali.